Soutenance de Luisa Arango le 27/11/2015

Ethnographies de la gestion de l’eau à Tuti (Khartoum, Soudan) et Caño de Loro (Carthagène, Colombie). Histoire, localité et politique dans une perspective d’anthropologie urbaine comparée.

Luisa Arango à soutenu sa thèse le vendredi 27 novembre 2015 à Université Paris 8 Saint-Denis

Le jury fut composé de :

Habib AYEB, MC en Géographie à l’Université Paris 8.
Alain BERTHO, Professeur d’Anthropologie à l’Université Paris 8.
David BLANCHON, Professeur de Géographie à l’Université Paris Ouest-Nanterre.
Barbara CASCIARRI, MC en Anthropologie à l’Université Paris 8 (directrice de thèse).
Eric DENIS, Géographe, Directeur de recherche au CNRS (rapporteur).
Aline HEMOND, Professeure d’Anthropologie à l’Université Jules Verne (rapporteuse).
Mauro VAN AKEN, Professeur d’Anthropologie à l’Université de Milano-Bicocca.

Résumé :

Au tournant du XXe siècle, un modèle technique et administratif centralisé est adopté pour l’approvisionnement en eau de consommation dans nombreuses villes de la planète, dont Carthagène (Colombie) et Khartoum (Soudan). Dès lors, associé aux projets de développement urbain planifié, le réseau hydrique se constitue comme une technologie politique et devient un marqueur de la spatialité et des modes de vie urbains autant pour les administrateurs que pour les techniciens et les populations citadines. L’analyse comparée des stratégies d’accès, des usages quotidiens et de l’imaginaire lié à l’eau de deux populations insulaires dont le caractère urbain s’avère problématique – Caño de Loro (Carthagène) et Tuti (Khartoum) – permet d’aborder la complexité sociale des villes du Sud contemporaines. La comparaison comporte dans ce sens une orientation critique et conduit, outre l’étude des dynamiques sociopolitiques propres à chaque contexte, à interroger les diverses catégories d’analyse utilisées au cours de cet étude. Dans la première partie de la thèse, le réseau hydrique est restitué dans l’histoire de chaque agglomération où sa mise en place, relativement récente, repose à la fois sur le renforcement, voire l’émergence, d’importants rapports de pouvoir et sur une transformation dans la conception de la nature et plus particulièrement de l’eau. Ce caractère relationnel et politique du réseau ouvre la voie, dans une deuxième partie, pour comprendre la façon dont la matérialité de l’eau et ses échanges sont producteurs de « localités » particulières au sein de l’espace urbain. Ainsi, l’analyse des relations entre espaces publics et privées par le biais du partage quotidien de l’eau amène à discuter la pertinence de la notion de « gestion collective » des ressources à Carthagène et à Khartoum. La troisième partie aborde les mécanismes mobilisés par différents acteurs dans le contexte particulier de la planification urbaine pour négocier leur marge d’action sur l’eau et la terre. Elle met en lumière la dimension politique des catégories d’appartenance ainsi que le pouvoir transformateur des actions collectives et individuelles dans des situations où la gestion des ressources est davantage traversée par de logiques, à la fois individuelles, locales, nationales et globales.

Mots clefs : Accès à l’eau, réseau hydrique, Khartoum (Soudan), Carthagène (Colombie), comparaison, urbanisation, modernité, planification urbaine, action collective.

Ethnographies of water management in Tuti (Khartoum, Sudan) and Caño de Loro (Cartagena, Colombia). Comparing history, locality and politics in urban anthropology.

Abstract: At the turn of the twentieth century, numerous cities such as Cartagena (Colombia) and Khartoum (Sudan), adopted a centralized technical and administrative model for the management of drinking water. Associated since its construction to planned urban development projects, the water network constitutes a political technology and becomes a landmark of urban spatiality, for politicians as well as for technicians and urban dwellers. The compared analysis of access strategies, daily usage, and the role of water in the imagination of two populations with an ambiguous urban status – Caño de Loro (Cartagena) and Tuti (Khartoum) – allows us to approach the social complexity of contemporary cities in the South. The comparison supposes a reflexive orientation that leads us, over and beyond the socio-political dynamics of each context, to critically consider our categories of analysis. In the first part the water network is contextualized in the history of each city, where its recent apparition and setting up rests upon the reinforcement or creation of dense power relations, as well as a new conception of nature, particularly of water. Such relational and political features lead to, in the second part, an understanding of how the materiality of water and its sharing produces particular localities within the urban space. Therefore, the analysis of relations between public and private spheres through everyday water exchanges lets us discuss the relevance of the notion of “collective management” of resources in Cartagena and Khartoum. The third part considers the mechanisms draw on by different actors within the particular context of urban planning to negotiate their margin of action on land and water. It highlights the political dimension of identity categories as well as the transformative power of individual and collective actions in situations where resource management is crossed with individual, local, national, and global logics at the same time.

Key words : water access, water network, Khartoum (Sudan), Cartagena (Colombia), comparison, urbanization, modernity, urban planning, collective action

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