Maxime Lachal

Doctorat en Géopolitique

Poursuivant mes travaux de Master I et Master II sur le terrain du lac Tana, au Nord-Ouest de l’Ethiopie, j’ai engagé un travail de thèse depuis septembre 2006, afin d’approfondir mes recherches portant sur l’eau du lac et ses populations.

Appartenant autrefois au Laboratoire de géographie RESO de l’université de Rennes II,  connu pour ses orientations sociales et culturelles, j’appartiens à présent au laboratoire C.R.A.G. de l’université Paris VIII, et m’inscris donc dans les orientations géopolitiques de l’I.F.G.

Ce travail de thèse aimerait examiner les changements dans les relations géographiques homme-milieu, impulsés en partie par les projets du gouvernement fédéral, et dans une perspective permettant de montrer les rivalités de pouvoir, tensions et conflits pour l’accès et l’utilisation de l’eau du lac Tana.

L’approche géopolitique semble donc adéquate, car elle permet justement d’analyser des tensions qui sont parfois anciennes et enracinées, ou au contraire beaucoup plus récentes et liées à des évènements extérieurs. En outre, la géopolitique de l’eau permet de faire le lien entre une tension héritée, et des impacts ou répercussions sur le temps court. De plus, cette approche permet l’analyse multi-scalaire des multiples répercussions engendrées par ce partage de l’eau, de manière à ce que le lecteur puisse comprendre comment elles sont nées, qui elles concernent, et sur quels territoires elles agissent.

Par conséquent, la problématique de cette thèse porte sur les enjeux liés au processus d’intensification de l’usage de l’eau du lac Tana, et plus particulièrement sur les tensions, impacts et conflits amenés par ce processus entre les acteurs de l’eau. Il s’agit d’étudier les rivalités de pouvoir entre groupes d’acteurs, autour de concepts centraux tels que « pouvoir », « espace » et « territoire ».

L’intérêt de cette étude est qu’il porte sur une région peu connue, qui connaît des changements rapides et de grande ampleur, affectant directement des millions de personnes, et indirectement des dizaines voire des centaines de millions de personnes.  Ces changements influent en effet sur les populations riveraines, qui dépendent étroitement des ressources disponibles à l’état naturel pour assurer leur subsistance (précipitations comprises), mais aussi sur des acteurs régionaux, nationaux et internationaux qui ont tous de prêt ou de loin des intérêts financiers et/ou politiques liés à l’eau du lac Tana.  Cette étude voudrait montrait que dans ce contexte naturel spécifique, tous les acteurs sont dépendants de la même eau, et donc que chacun d’entre eux, à son niveau, est finalement gardien de la « bonne » eau.

Le processus d’intensification hydraulique au lac Tana est un processus lourd et puissant qui va transformer en profondeur le bassin versant et ses populations, sans que l’on ne puisse dire réellement qui en sont les bénéficiaires et les perdants. Il soulève d’importants questions sur l’avenir institutionnel et politique de l’Ethiopie, qui sont autant de défis à relever pour l’Ethiopie si elle souhaite s’orienter vers des logiques de développement durable et intégré. En définitive, ce processus va aboutir à la  formation d’un nouveau territoire de l’eau du lac Tana, qu’il s’agira de caractériser au mieux en cernant les nouvelles forces motrices qui l’animent.

Pour le gouvernement fédéral éthiopien, la transformation du grand lac sacré de millions chrétiens orthodoxes täwahedo en nouveau gisement de production hydro-électrique et alimentaire, est une priorité absolue.  Il constitue également un espoir de redistribuer enfin les cartes et d’instaurer une nouvelle donne régionale dans la Corne. Pour les Amhara et les populations riveraines, il en va autrement…

Mots-clefs :Eau ; Acteur ; Territoire ; Identité ; Perception ; Représentation ; Conflit ; Tension ; Impact ; Gouvernance ; Coopération ; Gestion intégrée ; cycle de l’eau

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