Luisa Arango

Doctorante en Anthropologie
Université Paris 8
École Doctorale de Sciences Sociales
Laboratoire LAVUE
Équipe d’accueil AUS

Dévier le réseau, construire la ville. Ethnographie comparative des modes de gestion de l’eau à Tuti Island (Khartoum-Soudan) et Caño de Loro (Carthagène – Colombie).

La gestion quotidienne de l’eau par les usagers du réseau en milieu urbain constitue un locus de convergence de rapports sociaux divers et un indicateur privilégié du pouvoir transformateur de logiques et modes de pensée plus globales au niveau local. Cependant, si le système centralisé d’adduction d’eau est souvent considéré comme typique des milieux urbains les analyses anthropologiques des dynamiques sociales médiatisées quotidiennement par l’eau du réseau restent marginales. Ces cas pourvoient pourtant une histoire fascinante des relations de pouvoir qui se produisent autour du contrôle de l’eau dans les villes à l’échelle des consommateurs et dans la relation de ceux-ci avec l’appareil d’Etat et autres acteurs sociaux et institutions. Je propose de comparer les processus d’implémentation du réseau urbain à Khartoum (Soudan) et à Carthagène (Colombie), tel qu’il est compris et conceptualisé par les habitants des îles de Tuti (Khartoum) et Tierra Bomba (Carthagène), ainsi que les actions quotidiennes mises en place par les habitants des deux lieux pour accéder à l’eau du réseau urbain. En partant des pratiques et des narratives de deux populations qui ont une position géographique et administrative particulière et des relations quotidiennes et interpersonnelles médiatisées par l’eau, il s’agit d’approcher cette technologie politique qui est le réseau urbain et qui semble, par son échelle d’opération et de gestion, dépasser le choix des usagers. Une perspective anthropologique me permet de suggérer néanmoins que les négociations, les choix et les décisions quotidiennes, personnelles et interpersonnelles ont autant de pouvoir dans les dynamiques de gain et perte de contrôle sur les ressources urbains que celui qu’en ont les systèmes socio techniques plus amples. L’exercice de comparaison fourni l’occasion de repenser certaines catégories d’analyse du phénomène urbain ainsi que des enseignements sur les alternatives, souvent subversives et créatives, des populations des pays du Sud vis-à-vis des situations qui paraissent parfois les dépasser.

cv L. ARANGO

<!–[if gte mso 9]> Normal 0 21 false false false FR X-NONE X-NONE MicrosoftInternetExplorer4 <![endif]–><!–[if gte mso 9]> <![endif]–> <!–[endif]–>La gestion de l’eau, domaine à la croisée entre nature et culture, local et global, « traditionnel » et « moderne », occupe depuis quelques années une place importante de la réflexion scientifique. Ce travail comparatif porte sur la gestion sociale de l’eau dans deux îles du Sud enclavées en milieu urbain : Tuti (Khartoum, Soudan) et Tierra Bomba (Cartagena, Colombie). Avec une approche anthropologique, l’étude vise une réflexion qui part d’un niveau matériel, c’est-à-dire du rapport entre les groupes sociaux et le milieu naturel qui leur est propre par la médiation des moyens techniques ; puis social, c’est-à-dire des institutions et des catégories politiques, économiques ou historiques internes et externes au groupe concerné par le partage de la ressource. Ces deux contextes avec autant de similitudes que de divergences des points de vue écologique, géographique, économique, historique, politique et identitaire font face à des changements importants qui risquent de transformer leur relation aux ressources -notamment à l’eau- mais aussi leurs rapports sociaux. La gestion de l’eau est donc prise comme un indicateur significatif de ces mutations, mais aussi comme une entrée privilégiée pour comprendre la création ou le façonnement des dynamiques sociales autour de ces changements et de la rencontre des logiques locales et globales, marchandes et non marchandes, qui ont lieu davantage en raison de l’impact de la globalisation.
Publicités